L’architecture et les arts décoratifs français au Palais des Nations

L’architecture et les arts décoratifs français sont représentés de manière particulièrement brillante au Palais des Nations, qui est aujourd’hui l’un des témoignages les plus évocateurs de l’architecture des années Trente.

I. Les architectes français et la construction du Palais des Nations.

Dès l’origine du projet de construction du Palais des Nations en 1925-26, les architectes Charles Lemaresquier et Gabriel Héraut firent partie du jury de sélection, au nom de la France.

Sur les 27 projets retenus par la SDN en 1927, qui étaient l’œuvre de 46 architectes, ne figuraient pas moins de 11 Français, dont Le Corbusier et Henri-Paul Nénot.

Les architectes Henri-Paul Nénot et Camille Lefèvre firent partie du comité des 5 architectes en charge du projet finalement retenu, dans le parc de l’Ariana, sur la rive droite du Léman. Nénot était en charge de la supervision générale des travaux. Le vicomte Amédée de Flers fut désigné comme président de l’entreprise du Palais des Nations (EPN), structure internationale en charge de la construction de l’immense bâtiment.

Le Palais des Nations fut inauguré en 1936 durant le mandat du Secrétaire général français Joseph Avenol (1933-1940).

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II. Les Arts décoratifs français au Palais des Nations.

Ils sont largement représentés dans la décoration intérieure du Palais. De nombreux artistes français majeurs, décorateurs, ébénistes, peintres, sculpteurs, ferronniers d’art, tous de renommée universelle, sont intervenus pour décorer le Palais des Nations.

Tout l’éclairage décoratif intérieur, heureusement préservé jusqu’à nos jours, fut confié à la firme française Jean Perzel. Cet artiste décorateur, qui décora aussi le paquebot Normandie, réalisa plusieurs modèles remarquables d’appliques, de lustres et de lampadaires pour les différents halls, les galeries, le bureau du Secrétaire général, la Salle des Pas perdus, le Salon français et la salle du Conseil. Ces réalisations, de laiton et de verre, frappent par leur élégance, la pureté de leur forme et une étonnante modernité.

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Le célèbre décorateur parisien René Prou (1889-1948) fut, quant à lui, chargé de l’aménagement, de la décoration et de l’ameublement de la fameuse salle du Conseil de la SDN, en liaison avec le célèbre peintre catalan José-Maria Sert qui réalisa les fresques du plafond.

Le célèbre ferronnier d’art français Raymond Subes (1893-1970) réalisa quant à lui les deux magnifiques portes de bronze de la salle du Conseil, ornées de maximes en latin.

Cet aménagement initial fut modifié en 1950 lorsque l’ONU chargea le célèbre architecte français Jacques Carlu (1890-1976), auteur notamment du Palais de Chaillot à Paris et du Palais de l’OTAN à la Porte Dauphine (actuelle université de Paris-Dauphine) de moderniser la salle du Conseil.

En 1968, Charlotte Perriand (1903-1999), célèbre architecte d’intérieur française, procéda à un nouveau réaménagement en profondeur de la salle du Conseil (nouveau mobilier en simili-cuir vert, tapis, tentures et rhabillage des murets de séparation en aile d’avion par des feuilles de cuivre).

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L’actuelle salle VII, salle de la première réunion du Conseil de la SDN au Palais en 1936 (la salle du Conseil n’étant pas achevée) a été réalisée par l’architecte français Alfred Porteneuve (1896-1949). De cette décoration, il ne reste malheureusement que les huit pots à feu en bronze vert antique, abrités dans les hautes niches qui rythment cette immense salle de 260 m2. Le mobilier d’origine a entièrement disparu lors de réaménagements en 1960.

La salle XIV, devenue depuis lors une salle de cinéma, a été décorée par le grand décorateur parisien Marc Simon (1883-1964). Le décor en frêne et acajou de Marc Simon est actuellement dissimulé par une décoration très ordinaire datant de 1972, époque à laquelle fut aménagée la salle de cinéma. Le mobilier d’origine ainsi que les appliques de Marc Simon ont malheureusement disparu.

Mais le clou de la contribution des arts décoratifs français dans le Palais des Nations est assurément le « Salon français », immense pièce de près de 150 m2 et de 7 mètres de hauteur sous plafond. Ce salon, attenant à la salle du Conseil était autrefois la salle des consultations privées du Conseil de la SDN. Depuis lors, il a pris le nom de « salon français » ou de « salon Leleu ». La remarquable décoration intérieure de cette pièce, ainsi que son mobilier sont en effet l’œuvre du célèbre décorateur français Jules Leleu (1883-1961), dont l’œuvre est souvent considérée comme exprimant la quintessence des arts décoratifs français de l’époque. Jules Leleu fut également chargé de la décoration de la résidence des secrétaires généraux de la SDN (villa la Pelouse). Le principal élément décoratif de ce salon est constitué par les célèbres glaces de Kasskoff, chef-dessinateur chez Leleu ; Cet ensemble de 40 glaces de verre gravé, couvrant 25m2 représente des jeunes femmes jouant avec des colombes et cueillant du laurier. Le Salon français est le seul qui soit parvenu intact jusqu’à nous, sans aucune modification. Référence mondialement connue du style français des années 30, il est aujourd’hui classé monument historique et fait l’objet d’une protection spécifique. Cet ensemble est un témoignage d’autant plus précieux que les autres grandes réalisations de Leleu ont bien souvent disparu, comme les salons des grands paquebots.

Crédit photo : UNOG - JPEG

Le don du gouvernement français à la SDN n’était pourtant pas, comme on le croit souvent, le « salon français ». Ce don principal concernait en effet la grande salle des assemblées avec les peintures de Maurice Denis, Chastel, Roussel et Vuillard ainsi que les œuvres en bronze des sculpteurs Auricoste, Couturier et Yencesse, dont le décor a aujourd’hui totalement disparu.

publié le 18/03/2014

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